Artiste plasticien
L'art de prendre le jeu au sérieux.
The art of taking play seriously.
Un père peintre, une mère couturière — j'ai grandi entre les pinceaux et les tissus, et j'ai commencé par fuir les deux. Université, radio, un passage en studio photo à faire de la retouche, puis la création de sites pour des artistes. Des images, encore des images — mais celles des autres. À 27 ans, retour à la case départ : les Beaux-Arts de Valence.
Puis webmaster pendant seize ans. Il faut bien manger.
Le Covid arrive, et avec lui le ras-le-bol. Je recommence à créer. Nulle part où exposer ? J'invente des expositions virtuelles — avec de vraies œuvres dedans.
Mon travail depuis : prendre le jeu au sérieux. Peindre par calques comme à l'écran — scotch de masquage, aérographe, motifs superposés. Découper au laser des formes molles. Tendre du tissu rétro sur des volumes. Faire surgir des bulles de BD hors des cadres. Le numérique prépare, la main exécute, et quelque part entre les deux, quelque chose déraille — c'est généralement là que ça devient intéressant.
Je vis et travaille à Montmeyran, dans la Drôme, et j'interviens en cours adultes à l'École des Beaux-Arts de Valence.
Le brouhaha visuel. Des mots qui ratent leur cible avec dignité.
Voir →Peindre comme on travaille en calques.
Voir →Un puzzle qui refuse de rester à plat.
Voir →Le tableau a gonflé.
Voir →Le papier peint devient scène.
Voir →Un livre pop-up qu'on aurait oublié de refermer.
Voir →Quand la machine prend le mors aux dents.
Voir →Devant une œuvre de Rubin, on a le sentiment de surprendre quelque chose en train de pousser. Une forme s'est posée là, organique, un peu molle, et semble continuer de gonfler tout doucement pendant qu'on la regarde — comme si la peinture avait sa propre lenteur, sa manière à elle de s'étaler et d'occuper le terrain.
Ces formes ne représentent rien et ne renoncent à rien. Elles ne sont pas des objets, pas des signes, pas des abstractions sages : ce sont des présences souples, des choses qui auraient le droit d'exister sans avoir à se justifier. Elles débordent du cadre, se lovent sur un papier peint ancien, se posent là où on ne les attendait pas. Le familier y prend peur de lui-même ; le décoratif reçoit une visite qui reste à dîner.
Car il y a une rigueur sous la mollesse. Rubin peint comme on empile des calques — scotch de masquage, aérographe, motifs superposés, chaque élément à sa place. Puis la main intervient et trahit le programme. Le numérique propose une perfection, la main lui répond par un dérapage organique, et c'est précisément à la jointure des deux que ça devient intéressant.
Le malentendu serait d'y voir de l'ironie. Il n'y en a pas. Il y a de l'enfance, au sens le plus sérieux : on invente ses propres règles et on s'y tient farouchement. Prendre le jeu au sérieux. Et laisser les formes vivre leur vie molle.
Les œuvres de Rubin semblent appartenir à une famille de formes qui auraient échappé aux classifications habituelles. Ni abstraction géométrique, ni figuration, ni véritablement sculpture, elles occupent un espace intermédiaire où l'image acquiert progressivement une présence physique.
Cette ambiguïté constitue l'un des enjeux les plus intéressants de son travail. Le cadre cesse d'être une limite pour devenir une membrane poreuse. Les formes traversent les plans, se superposent, s'épaississent et finissent par occuper l'espace réel.
Elles ne s'imposent jamais de manière héroïque. Elles infiltrent. Elles colonisent silencieusement des papiers peints, envahissent des motifs anciens, s'installent dans les interstices du décor. Elles avancent avec l'obstination tranquille d'une mauvaise herbe.
Rubin prend le jeu au sérieux. Ses formes absurdes ne servent pas à moquer le monde ; elles proposent d'autres façons de l'habiter. Ses œuvres ne racontent pas une histoire : elles inventent un écosystème.
Observer le travail de Rubin, c'est voir un écran d'ordinateur saigner de l'aérosol. Le numérique prépare le terrain, mais c'est la main — armée de scotch de masquage, de lasers et de bombes de peinture — qui commet l'accident salvateur. Ce moment où la perfection informatique déraille sur la rugosité du réel, c'est là que la plastique respire.
Dans les compositions en relief, les motifs géométriques et les dégradés acides refusent la fatalité du plat. Ils s'extirpent du fond, se superposent et flottent dans l'espace. Le calque Photoshop s'incarne, se découpe et se fige dans le monde physique.
La subversion s'insinue partout. Le mot raté, la bulle de bande dessinée s'élèvent au rang d'objets plastiques fiers. La fausse note textuelle devient une texture esthétique, une profanation joyeuse qui cohabite avec des vagues biologiques venues coloniser des papiers peints anciens.
L'engagement est absolu dans les règles inventées. C'est la posture de l'enfance : on décrète que le tapis du salon est un océan de lave. Il en résulte une géométrie révoltée et profondément humaine, née là où l'écran rencontre enfin la matière.